Bruxelles : Trouverons-nous bientôt de la viande ou du lait d'animaux clonés dans nos supermarchés ? Si le clonage n'est pas (encore) une pratique commerciale et n'a pas pénétré la chaine alimentaire européenne ou mondiale, cela pourrait pourtant être, d'après la Commission européenne, imminent : elle estime même que l’utilisation commerciale de produits d'animaux clonés pourrait « se répandre dans la chaine alimentaire avant 2010 ». Demain déjà ?
Des incertitudes scientifiques...
Aux Etats-Unis, un moratoire sur la vente d'animaux clonés ou de leurs produits est en place depuis 2001. Mais en janvier dernier, les autorités alimentaires américaines (Food and Drug Administration) ont remis en cause ce moratoire: elles estiment en effet que « la viande et le lait de clones de bovins, de porcs et de chèvres ainsi que ceux de la progéniture d'animaux clonés sont aussi sûrs que l’alimentation issue d'animaux conventionnels ». Est-ce la porte ouverte à une prochaine commercialisation de ces produits ?
Sur le sol européen, on semble plus réservé. l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments) a bien constaté en juillet 2008 qu'en l’état actuel des connaissances, rien n'indique une « différence en terme de sécurité alimentaire entre des produits alimentaires issus de clones de bœuf, de cochons ou de leur progéniture, comparé à ceux issus d'animaux conventionnels ». Mais elle reconnaît que la communauté scientifique manque de données et que des études plus approfondies restent nécessaires.
...et éthiques
Outre ces incertitudes scientifiques, la perspective de manger des produits issus du clonage pose un problème éthique. Pour la députée européenne Caroline Lucas (Verts/ALE), cette perspective est même « extrêmement inquiétante et doit être empêchée de toute urgence ».
Les experts du Groupe européen d'Ethique des Sciences et des Nouvelles Technologies ont rendu en janvier dernier leur avis : ils ont exprimé leur « doute qu'il soit justifié d'un point de vue éthique de cloner des animaux pour la production alimentaire » et ce, compte tenu du « degré actuel de souffrance et des problèmes de santé que connaissent les femelles de substitution et les animaux clonés ».
Le député européen Neil Parish (Parti Populaire Européen-Démocrates Européens) renchérit : « Les animaux clonés souffrent davantage de maladies et vivent beaucoup moins longtemps que les animaux conventionnels. D'un point de vue agricole se posent aussi de sérieuses questions sur l’effet du clonage sur le mélange des gènes, qui rend les animaux clonés beaucoup plus vulnérables aux épidémies ».
En juin dernier, les membres de la commission Agriculture au Parlement européen avaient donc appelé à la mise en place d'un moratoire européen sur le clonage d'animaux à des fins alimentaires.
La Commission sur le gril des députés
Reste donc à convaincre la Commission européenne d'agir. Mardi soir prochain, en session plénière, ses représentants devront répondre aux questions posées par les députés européens :
La Commission convient-elle que le clonage se répercute de manière négative sur le bien-être des animaux et réduira notablement la diversité génétique au sein des cheptels (...) ?
La Commission peut-elle fournir des indications concernant, à long terme, le bien-être et la santé des animaux clonés et de leur progéniture?
Qu'a entreprit la Commission jusqu'à présent pour informer les consommateurs et promouvoir le débat public sur le clonage des animaux et ses implications potentielles?
La Commission européenne estime-t-elle que le clonage d'animaux et de leur progéniture à des fins alimentaires est justifié d'un point de vue éthique et, dans l’affirmative, quels sont ses arguments ?
Qu'a entrepris la Commission jusqu'à présent pour faire en sorte d'éviter que l’importation d'aliments issus d'animaux clonés et de leur progéniture intègre la chaîne alimentaire?
La Commission a-t-elle l’intention de présenter des propositions concrètes visant à interdire le clonage des animaux à des fins alimentaires, les importations d'animaux clonés, de leur progéniture et de leur semence ainsi que les produits obtenus à partir d'animaux clonés ou de leur progéniture?
Vous pourrez suivre les réponses de la Commission en direct de l’hémicycle, mardi sur notre site EP Live ! En attendant, bon appétit.